Une enquête de Benoit Aguelon et Générations Neuilly.
À Neuilly-sur-Seine, une bataille se joue sous terre. Une bataille silencieuse, contractuelle, budgétaire… et politique. Au centre du dossier : les parkings souterrains, construits à prix d’or, désertés par les automobilistes, et pourtant soutenus par une stratégie municipale agressive de verbalisation en surface. Pour nous, Générations Neuilly, l’opposition locale, il est temps de lever le voile sur ce qu’elle considère comme l’un des plus grands angles morts de la politique urbaine Neuilléenne.
Chapitre 1 — 30 millions sous terre : un pari devenu un fardeau
Lorsque le parking de l’avenue Charles-de-Gaulle a été inauguré, en 2022, la majorité municipale promettait un renouveau : rues dégagées, stationnement mieux régulé, circulation assainie. Le projet, décrit alors dans Le Parisien, devait constituer la pièce maîtresse de l’aménagement de l’axe Paris–La Défense.
Mais le coût de l’opération — 30 millions d’euros investis — n’a jamais cessé de nous inquiéter.
« On a creusé un gouffre financier pour construire un gouffre physique », déplore un conseiller du groupe Générations Neuilly.
Le contrat concédé pour 30 ans à l’opérateur privé impose des taux de remplissage planchers sous peine de pénalité pour la Mairie. En clair : si le parking se vide, c’est la ville qui trinque.
Et c’est précisément ce qui se produit.
Chapitre 2 — Le terrible aveu : “les parkings ne se remplissent pas”
En conseil municipal de novembre 2025, l’adjoint au maire Marc Warnod finit par lâcher ce que beaucoup pressentaient :
les taux de remplissage des parkings souterrains sont très inférieurs aux objectifs, et en-deçà des engagements contractuels pris par l’opérateur.
Pour l’opposition, cet aveu vaut aveu d’échec.
« Ils ont construit un parking pour 30 ans, mais ils n’ont jamais fait d’étude sérieuse sur les habitudes réelles des Neuilléens. Résultat : personne n’y va. »
— Benoit Aguelon pour Générations Neuilly
Selon eux, le projet repose sur un fantasme : que les automobilistes, qui privilégient la proximité et les stationnements courts, se convertiraient massivement aux abonnements souterrains.
La réalité est plus prosaïque : les gens tournent, cherchent une place de surface, et n’ont aucune envie de descendre en sous-sol.
Chapitre 3 — Le plan B : rendre la surface “moins attractive”
Face au constat d’échec, l’exécutif municipal élabore une stratégie alternative.
Et la formule employée par Marc Warnod en conseil municipal de novembre 2025 en dit long :
« Il faut rendre le stationnement de surface moins attractif. »
Pour Générations Neuilly, cette phrase est le cœur du scandale.
« C’est une politique punitive assumée. Plutôt que de rendre les parkings souterrains utiles, on rend la vie des habitants plus difficile pour les y forcer. »
Comment rendre le stationnement de surface moins attractif ?
La réponse est simple… et brutale : plus de contrôles, plus de FPS, plus de recettes, suppression des places de parking en surface, pour le rendre plus difficile.
Chapitre 4 — L’explosion des contraventions : 100 000 FPS en 2024
2024 marque une année record : plus de 100 000 contraventions (forfait post-stationnement – « FPS »), un chiffre inédit à Neuilly.
La majorité municipale s’en félicite.
Pour l’opposition, c’est une alerte rouge.
« La ville est devenue une machine à contraventions. Les habitants ne sont plus des usagers, mais des lignes comptables. »
Pour nous, Générations Neuilly, la hausse n’a rien de naturel ni d’accidentel.
Elle constitue une politique consciente, pensée pour deux objectifs :
- Renflouer les caisses,
- Compenser l’échec du parking souterrain, en augmentant mécaniquement son attractivité relative.
Les élus pointent même une contradiction :
On prétend vouloir “libérer les rues”, mais on multiplie les zones verbalisables plutôt que de travailler sur la mobilité réelle ou l’offre de transport.
Chapitre 5 — Qui paie vraiment ? Les habitants.
Le sentiment d’injustice est profond.
Les Neuilléens, déjà soumis à un coût de stationnement élevé, vivent désormais dans une ville où :
- La probabilité de recevoir un FPS a explosé ;
- L’offre de stationnement n’a pas été repensée ; les places de stationnement se réduisent en surface, surtout dans les zones les plus tendues.
- Et l’investissement colossal engage la collectivité jusqu’en 2052.
« Le parking est vide, mais les poches des Neuilléens, elles, se vident. »
— Porte-parole de Générations Neuilly
Le groupe alerte aussi sur le risque futur : si le concessionnaire n’atteint pas ses seuils, la ville devra compenser financièrement, augmentant ainsi la charge pour le contribuable.
Chapitre 6 — Transparence demandée, silence observé
Générations Neuilly réclame depuis des mois :
- La publication intégrale du contrat de concession,
- La communication des taux de remplissage mensuels depuis l’ouverture,
- Ainsi que les projections financières actualisées.
La municipalité refuse ou tergiverse.
« Quand un dossier coûte 30 millions d’euros et génère 100 000 contraventions par an, la moindre des choses est la transparence. Mais ici, tout se passe sous terre, au propre comme au figuré. »
Chapitre 7 — Et maintenant ?
Neuilly fait face à un choix stratégique majeur :
- Continuer la fuite en avant punitive,
- Ou réévaluer en profondeur le modèle, quitte à reconnaître un échec politique et à renégocier la concession.
Nous, Générations Neuilly, proposons :
- Un audit indépendant du contrat et des coûts réels,
- Une refonte du stationnement résidentiel, rouvrir les places de stationnement en surface qui ont été supprimées en dépit du bon sens.
- Une pacification de la verbalisation, sanctionner les incivilités : oui, appliquer un impôt déguisé ? NON !
- Et une étude mobilités globale incluant transport, vélo, piétons et livraison urbaine.
En clair : sortir du réflexe “plus de contraventions” pour aller vers “plus de solutions”.
Conclusion — Un dossier qui pourrait peser lourd en 2026
À 100 jours des municipales, la question du stationnement devient cruciale.
La majorité a transformé un outil d’aménagement en engin de contrainte pour rattraper un investissement qu’elle ne peut plus assumer politiquement.
L’affaire des parkings souterrains devra être l’un des sujets incontournables à mettre au débat lors de la campagne qui s’annonce.